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Histoire de Maillardville

Là où tout a commencé…

Les premiers Canadiens français qui s’installent dans ce qui deviendra Maillardville traversent le Canada depuis Rockland en Ontario, Hull et Sherbrooke au Québec. L’expertise dans le domaine forestier et la force de travail de la main-d’oeuvre canadienne française incitent l’usine de Fraser Mills, qui deviendra la plus grande scierie de l’Empire Britannique, à recruter à l’autre extrémité du pays.

Pour un Québécois de l’époque, l’offre est alléchante : un emploi assuré, une paie de 2,50$ par jour pour 10 heures de travail, 6 jours par semaine. De plus, on lui promet l’accès à un terrain pour établir sa famille, le bois fourni pour la construction d’une maison et la liberté de conserver sa langue. On prétend même qu’il peut laisser son parapluie au Québec vu les conditions météorologiques exceptionnelles qui l’attendent !

Un premier contingent d’environ 110 aventuriers arrive à la gare de Fraser Mills le 26 septembre 1909, à bord du train surnommé le «Honeymoon Special» en raison des nombreux couples qui se marient la veille de leur départ. Le groupe de pionniers constate rapidement la dureté du mode de vie où tout est à construire, mais aussi les bons côtés de cet établissement puisque peu de gens retournent vers l’est. Les nouveaux arrivants incitent plutôt leur famille éloignée à venir les rejoindre.

Une croyance pour guider leurs pas

History - FaithLa religion occupe une place dominante dans le coeur des pionniers. La direction de Fraser Mills comprend bien cet aspect quand elle offre le lieu et le matériel nécessaires pour construire une église catholique. Déjà en 1910, grâce à l’effort de chacun, les fidèles de Notre-Dame de-Lourdes peuvent célébrer la messe de Noël dans leur église construite au Carré Laval.

 Le premier curé, le R.P. Edmond Maillard o.m.i., un jeune prêtre d’origine française qui reste pendant deux ans auprès des pionniers, laisse une trace impérissable : la communauté est baptisée en son honneur en 1912.

 

Maillardville: Une communauté qui s’épanouit

Les services aux citoyens s’organisent rapidement selon les moyens dont les pionniers disposent à leur arrivée. Une école catholique et francophone est vite mise sur pied. Le premier chef de police, M. Emery Paré, installe son bureau chez lui tandis que deux cellules de prison sont construites à l’arrière de sa maison. Une brigade de pompiers volontaires est aussi formée, à qui on signale un incendie à l’aide du clocher de l’église.

Les commerces s’installent sur Pitt River Road, qui deviendra l’avenue Brunette. Ainsi naissent le magasin général Proulx (où se trouve la succursale du bureau de poste de Maillardville), la boucherie Thrift, la cordonnerie Grevelyn, les salles de billard ainsi que la salle communautaire Tremblay.

Il va sans dire que rapidement se développe aussi à Maillardville une vie sociale animée. Les regroupements permettent aux habitants de supporter les épreuves et de conserver la foi, la langue et les traditions ancestrales. Une fanfare est créée, des soirées de bingo sont organisées tandis que différentes équipes de hockey ou de baseball proposent des rencontres amicales. À chaque année, la ferme Booth reçoit les familles de Maillardville à l’occasion du très attendu 1er juillet pour un pique-nique et des activités sportives.

Plus tard, la communauté donnera naissance à l’Association des Scouts francophones de Maillardville en 1957, au Foyer Maillard, un centre pour personnes âgées, en 1969, et à la chorale «Les Échos du Pacifique» en 1973.

 

Une solidarité entre travailleurs

History - Worker's SolidarityAu cours de son évolution, Maillardville fait face à bien des intempéries. La solidarité qui unit les membres de la communauté permet heureusement de traverser les situations difficiles. À plus d’une reprise, les habitants font voix commune pour que leurs droits soient entendus, notamment avec les grèves de Fraser Mills et des écoles catholiques.

Les conditions de travail au moulin ont été assez intéressantes pour inciter les pionniers à traverser le Canada en 1909, mais la situation se détériore et en 1931, l’exaspération pousse les travailleurs à se regrouper pour devenir les précurseurs d’un mouvement syndical en Colombie-Britannique.

La communauté s’organise pour résister à la pression et survivre aux difficultés économiques que cette grève entraîne. Par exemple, les femmes et les enfants établissent une cuisine collective. Heureusement, le conflit se résolve en quelques mois. Toutefois, plusieurs travailleurs s’étant investis dans la grève sont congédiés et bannis de la compagnie.

 

La grève des écoles catholiques…

History - School's Strike

Vingt ans plus tard, ce sont les injustices dont s’estiment victimes les écoles catholiques de Maillardville qui les poussent à amorcer une grève le 2 avril 1951. La commission scolaire catholique entreprend une manifestation avec ses 840 élèves, au terme de laquelle elle les confie à la commission scolaire des écoles publiques neutres. Ce geste provocateur crée une onde de choc à travers tout le Canada et même jusqu’à Londres, où la BBC consacre un topo aux événements de Maillardville.

La grève se poursuit pendant plus d’un an : les enfants restent à l’école publique, sauf lors des journées d’instruction religieuse. Malheureusement, l’action ne procure pas de résultat immédiat. Toutefois, lors d’une résistance successive, relative au paiement de taxes foncières, la bataille menée à Maillardville entraîne l’exemption de taxes pour l’avenir, non seulement pour les écoles catholiques de Maillardville mais aussi pour celles
de toute la province.

 

Au fil du temps

Au cours de son histoire, la communauté a changé de visage. Les rues portent encore fièrement le nom des familles pionnières et des personnages importants de Maillardville tandis que des bâtiments rappellent la richesse ancestrale du quartier. Le premier établissement des pionniers sur un territoire sauvage a peu à peu fait place à une communauté moderne et multiculturelle qui oeuvre toujours activement à l’épanouissement du français. Le moulin de Fraser Mills a fermé ses portes et plusieurs des premiers commerces de la rue Brunette ont été remplacés. Une chose refuse heureusement de changer : Maillardville demeure une communauté francophone tricotée serrée !